Retour à l’instinct Salaire

Autrefois, dans notre village de la Salaire, presqu’île d’Olonne en lisière des marais de la Salaire, il n’a jamais existé de grandes exploitations agricoles. La vie y était modeste mais autosuffisante. Nos parents vivaient avec peu de cultures, essentiellement du blé, complétées par un élevage familial : quelques vaches, un cheval, parfois un âne.

Chaque foyer possédait des vignes, et l’on « brûlait » l’eau-de-vie, réputée pour soulager bien des maux. Poules, lapins et cochon assuraient l’ordinaire. Chaque quartier disposait de son four communal, où l’on cuisait pain et pâtés. Le potager et les arbres fruitiers complétaient l’alimentation quotidienne.

Pour l’eau, aucune alternative : il fallait se rendre à la Fontaine de la Codette, muni d’un baquet en zinc et d’une brouette.

Pêcheur à La Salaire, Christian Bougis

Une activité agricole et humaine ancrée dans le territoire

Avant les années 1960, Théophile Richard, Aimé Bonamy, Joseph Chaillou, Clément Bouron, Jules Bougis, puis Robert Richard du bourg, se sont lancés dans la culture du tabac, illustrant la capacité d’adaptation des habitants aux ressources locales.

Les Salairants traversaient la ch’noue par le pont de la Salaire, datant de 1758 et reconstruit en 1936. Mon grand-père, Auguste Bougis, surnommé Figasse, faisait partie de la commission syndicale chargée de la gestion de ce pont privé, avec autorité pour en réglementer l’accès.

Ce passage était indispensable pour exploiter les marais salants, façonnés par nos aïeux au prix d’un labeur considérable. 

Il avait le pouvoir d’interdire le passage des charrettes ainsi que les animaux des personnes étrangères à l’association. Donc on passait par l’incontournable pont pour exploiter les marais salants légués par nos aïeux qui ont tant trimé pour les façonner. 

 

Le marais, un jardin nourricier et un vivier naturel

Le marais de la Salaire et les marais d’Olonne offraient une diversité exceptionnelle de ressources alimentaires, agricoles et naturelles. Mon propos aujourd’hui est d’énumérer ci-dessous ce que le marais et les marais salants procuraient* à l’homme en termes de ressources à un moment ou directives européennes et autres plans sournois de préemption l’en découragent :

    • Ail  ( meilleur que sur le continent)  / Oignons
    • Anguilles
    • Artichauts
    • Asperges vertes
    • Avignon (disparu dans la ch’noue)
    • Blé et Maïs   ( se faisait à la pielle)
    • Canards sauvages et canards d’élevage
    • Civelles ou piballes (autrefois on les donnait aux gorets)
    • Coques (à foison dans les marais et disparues de la ch’noue)
    • Cornettes et autres champignons
    • Crabes verts et poutaines
    • Crevettes grises
    • Crevettes japonaises (aujourd’hui)
    • Dorades
    • Fenouil sauvage
    • Fèves
    • Foin et luzerne
    • Fraises
    • Fruitiers : cormier, néflier, prunier, pêcher etc …….si abrités
    • Goémon (à incorporer au fumier mais pas bon pour les haricots verts)
    • Haricots verts
    • Huîtres
    • Lapins
    • Loubine ou bar
    • Maceron poivre du marais
    • Moustiques (pas invités)
    • Moules
    • Moutarde blanche (Sinapis Alba) pour cataplasmes
    • Moutons et chèvres (aujourd’hui)
    • Mulet ou meûille (très prisé lors des noces) et leurs tripes
    • Palourdes (disparues dans la ch’noue)
    • Patagou (disparu dans la ch’noue)
    • Plie (ma mère préparait des omelettes aux plies) et sole
    • Pomme de terre
    • Roseaux de la Tantouille pour protéger cahutes et mulon de sel
    • Salicorne
    • Sangliers….. de passage …..avec dégâts
    • Sanguenite : vermifuge, antiseptique, diurétique, fortifiant etc.
    • Sel et Fleur de sel
    • Truites (aujourd’hui)
    • Vanneaux
    • Vigne (colombar,chenin)

Sur le secteur Salaire, on dénombre une dizaine de ponton-carrelet sur la rivière Vertonne. Dès les beaux jours, de nombreux pécheurs à la ligne tentent leur chance le long de la rivière. Côté propreté, tous ne font pas preuve de civisme. Enfin il est déplorable de constater encore des carcasses de bateau dans notre rivière. La directive européenne du 22 septembre 2007 empêchant la pêche de manière récréative de l’anguille dans nos marais privés, confortée par le brutal arrêté du 9 Mars 2023 nous met dans le désarroi.

 

Un patrimoine aujourd’hui fragilisé

Le secteur de la Salaire compte une dizaine de ponton-carrelets sur la rivière Vertonne, très fréquentée par les pêcheurs à la ligne. Malheureusement, le manque de civisme de certains et la présence persistante de carcasses de bateaux portent atteinte à cet environnement fragile.

La directive européenne du 22 septembre 2007, interdisant la pêche récréative de l’anguille dans les marais privés, renforcée par l’arrêté du 9 mars 2023, a profondément déstabilisé les usagers traditionnels.

 

Inquiétudes pour l’avenir des marais d’Olonne

À l’horizon des vingt prochaines années, plusieurs menaces pèsent sur l’avenir du marais :

  • Difficulté de transmission familiale
  • État préoccupant des écluses
  • Forte dépréciation économique sans la pêche à l’anguille
  • Nécessité urgente d’un plan de repeuplement de la civelle
  • Élaboration indispensable d’un plan de gestion durable

Depuis le 1 er avril 2024, en Allemagne, donc en Europe, les personnes majeures peuvent posséder jusqu’à 25 grammes de cannabis séché pour leur consommation récréative. Les consommateurs de cette substance peuvent également la cultiver à domicile jusqu’à trois plants. La France est régulièrement pointée comme le plus gros consommateur de cannabis en Europe. Étonnant non ! Reste à essayer des fois que ça pousserait sur nos bossis en place des Tamarins !

 

Anecdotes et mémoire vivante

Entre les deux guerres, mon père Jules fabriquait ses lacets avec la dorsale de la peau des grosses anguilles. Georges Chabot m’a raconté que son oncle Gustave roulait ses cigarettes de tabac avec la fine peau des petites anguilles de nos marais.

 

Le marais, racine de l’identité locale

Tout ça pour dire que le marais est bien un jardin et un vivier qui a longtemps nourri son homme. Celui-ci n’est rien s’il ne parvient pas à accrocher ses racines à trois ou quatre arpents fait de bossis et d’eau qui mesurent le royaume de son enfance.

Christian Bougis – Décembre 2025 du 

Sources : 

  • *Témoignages : Guy Bonamy et Bernard Ildévert 
  • Texte : Christian Bougis
  • Photos : Christian Bougis
You are currently viewing Retour à l’instinct Salaire