Le tamaris, gardien discret de nos marais littoraux
J’emprunte le chemin à destination du marais Roc Est, sous la bruine, en ce mois de mai 2024. Passant à son côté, je salue le vieux Tamaris, cyclope, qui m’a connu “poil de carotte en culotte courte”.
Impassible, il pose un regard bienveillant sur la nature en émoi. Lui seul connaît la dureté de cette terre. Ses rides en sont les stigmates.
A son pied torturé, corseté par un lierre, le fossé, dans lequel ses racines sont ancrées, est plein de cette eau de printemps que je n’avais pas connu, depuis fort longtemps, si pluvieux. Ce fossé marque en quelque sorte une frontière entre le territoire de l’eau douce et celui chargé du sel de nos marais littoraux, à quelques pas d’ici.
De cette douceur et de cette pluviométrie printanières naît l’explosion d’une végétation exubérante, que l’on sait éphémère. Car bientôt, la brûlure du soleil, copinant avec la brise estivale asséchante auront raison de leur cycle fragile, laissant la place aux plantes halophytes, plus résistantes.
De-ci de-là, elles donneront les couleurs au tableau du peintre, installé avec son chevalet à l’ombre d’un des rares arbres présents en ce lieu, probablement un chêne vert ou bien un grand cyprès. Mais que sont-ils? Sinon des intrus en ce paysage.
Avec loyauté, la primauté d’un inventaire des plantes du marais revient au Tamaris, arbuste emblématique de ce panorama.
Le charme du Tamarix
Bien sûr, de nombreuses espèces de tamaris originelles existent dont la liste est assurément complétée par des espèces hybrides.
Je crois, que l’espèce qui nous intéresse, autochtone à nos marais, est le Tamaris commun ou de France (Tamarix gallica), arbuste ou petit arbre de la famille des Tamaricacéaes. Ici, les gens le nomment tamarin.
Dans le souffle chaud de notre littoral, le tamaris s’élève, tortueux, branches en grappes fines, feuilles plumeuses, fleurs légères d’un rose plus ou moins pastel. Ses racines plongent dans l’aridité, au delà du visible. Il brave la sécheresse avec une foi tranquille. Sous son ombre précaire, les anciens posaient leur fragile abri et leur espérance. Abraham, un des patriarches de la Bible, planta un tamaris, signe vivant d’une foi durable. Dans l’antique Grèce, en geste d’offrande à la déesse de l’amour Aphrodite, le tamaris était symbole de jeunesse, de renaissance et de beauté.
Au-delà de son élégance, il renforce le maintien des sols, lutte naturellement contre l’érosion des berges. Il nous faut donc veiller à sa préservation, voire à son extension car malgré sa rusticité et sa résilience, sa présence est moins étendue.
Aujourd’hui, encore, on prête à ses bourgeons des vertus antioxydantes et antibactériennes, des principes permettant de lutter contre l’anémie. Les abeilles y trouvent un sanctuaire, butinant le nectar des délicates fleurs duveteuses.
Si aux abords des salines, on ne l’apprécie pas, brise vent contrariant l’évaporation, aux bord de nos fosses, il est un refuge aux poissons, les protégeant de la froideur hivernale et du vent de Noroît. Il nous faut donc veiller à sa préservation, voire à son extension car malgré sa rusticité et sa résilience, sa présence est moins étendue.
Ainsi, bouturer le tamaris s’avère une solution. Il suffit de prélever quelques jeunes pousses de l’année d’environ cinquante centimètres et de les planter sur le bord des bossis, presque le pied dans l’eau. N’importons pas de variétés hybrides, créons nos plants en exploitant la variété emblématique de nos marais.
Le regard passionné de Patrick Mioulane sur le tamaris
Le genre Tamarix a été créé en 1753 par le naturaliste suédois Carl von Linné (1707 – 1778). Il réunit 60 espèces valides.
Le genre Tamarix a donné son nom à la famille des Tamaricaceae qui comprend 5 genres et 82 espèces. Cette famille a été créée en 1821 par le naturaliste allemand Heinrich Friedrich Link (1767 – 1851).
Dans les jardins, on cultive surtout deux espèces : le tamaris de printemps (Tamarix tetrandra) et le tamaris d’été (Tamarix ramosissima)
Anecdote : avec le bois du tamaris, on fabriquait jadis des gobelets et des tasses. On prétendait que boire dedans, dissolvait la rate, ce qui permettait de courir vite et longtemps, d’où l’expression « courir comme un dératé ». C’est pourquoi aussi dans le langage des fleurs, le tamaris signifie : « vous ne m’attraperez pas » !
Sources :
Photos : Jean-Fnraçois CAHUEAU
Textes :
- Jean-François CAHUEAU – Membre de l’ASMG
- Mélanie DURANTEAU – Graphiste
- Patrick Mioulane – Expert, rédacteur en chef, passionnément jardin…
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