Saviez-vous que les marais d’Olonne étaient autrefois le domaine partagé des sauniers et des vaches maraîchines ?
Dans ce récit plein de réalisme et de chaleur humaine, Christian Bougis raconte les sauvetages spectaculaires des vaches tombées dans la vase, la vie des Salairants, et la solidarité d’un village tout entier. Une plongée dans le patrimoine vivant du marais, où traditions, bêtes et paysages se mêlent depuis des siècles.
SACRÉE VACHE ET VASE SACRÉE
Au cours des siècles, le marais d’Olonne a toujours été l’empire des sauniers. Cet espace était cependant partagé avec de petits troupeaux de vaches. Dans le village de la Salaire, à L’Ile d’Olonne, au printemps, on « touchait les vaches » en passant par l’incontournable pont pour les faire pâturer sur les bossis herbés. Chaque Salairant possédait 4 ou 5 vaches de race maraîchine, un cheval et parfois un âne.
Dans ce secteur, les bossis sont assez élevés (souvent plus d’un mètre au dessus de l’eau) car ils ont été formatés d’abord par les moines puis les « doues palluées » régulièrement à la main ces derniers siècles. On trouve certains marais (marais Bordet) avec des berges adoucies, cela est dû au curage avec des treuils et un godet maintenu par trois hommes.
Lorsque le pâturage se faisait plus rare sur le dessus du taïsselaïe, nos sacrées vaches approchaient au bord pour voir si l’herbe y était plus verte. Parfois les bêtes se bousculaient ou se « cheveaulinaient » C’est ainsi qu’elles boulottaient dans la vase molle des étiers.
Quand le saunier s’apercevait de l’incident, parfois longtemps après, se déclenchait une sorte de « plan Orsec ». On envoyait femmes et enfants chercher de l’aide auprès de la dizaine d’hommes du village. Chacun venait aussitôt avec un pic et des câbles. A l’époque, on ne se surveillait pas mais en fonction de la direction prise et des outils, chacun savait sur quelle « pesse » se trouvait son congénère.
La première chose à faire était de calmer la vache épuisée en maintenant sa tête hors de l’eau. Facteur aggravant, il arrivait que le baudet suive sa mère. Pendant que certains piochaient le bossis pour atténuer la pente, d’autres sautaient dans l’eau jusqu’au poitrail pour passer le câble sous le pis de la vache ou à son train arrière. Je me souviens de Phiphille RICHARD contraint de mettre la tête sous l’eau. D’autres câbles étaient passés derrière les cornes. Enfin, un autre homme, au fessier de la vache, en limitant la pointe de son couteau avec son pouce, stimulait la bête pour aider à la manœuvre. Il fallait de la coordination, plusieurs essais et beaucoup de sueur pour mener à bien l’opération.
Un fois sortie, la vache reprenait plus ou moins vite ses esprits, tandis que la solidarité villageoise et le bonheur collectif d’avoir sauvé la bête étaient évident. Les femmes et les enfants curieux (que j’étais) avaient apporté quelques bouteilles de vin paillé. Puis chacun retournait dans ses champs ……jusqu’à la prochaine.
Cette aventure est arrivée à ma vache préférée qui s’appelait « Gagne-Petit » car elle était rétive à donner son lait.
J’ai également assisté à un sauvetage particulier d’un cheval de trait appartenant à Théophile RICHARD, tombé dans une grande écluse en forme « d’ancien moule à beurre ». Le cheval pesant presqu’une tonne, il a fallu casser la goule de l’écluse à la masse pour l’en sortir.
Les moutons, quant à eux, savent nager ,mais n’iront jamais dans l’eau sans être obligés. Ils peuvent y être contraints par des chiens errants. Dans ce cas le poids de la laine gorgée d’eau et les pieds englués dans la vase peuvent conduire à leur perte.
Sources :
- Texte de Christian BOUGIS – Juin 2025
- Photo de Jean Marc MACOUIN